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L'Ipotrak noir - Bob Garcia, E-dite


Photographie Bob Garcia, écrit de façon simple, directe. Pas d’inutiles fioritures de style pour cet auteur qui se veut raconteur d’histoires plus qu’écrivain. Peu importe, c’est efficace et le lecteur plonge à la suite d’Eliot Ness dans les bas-fonds de Chicago. L’hiver 1929 est dur pour les pauvres qui sont de plus en plus nombreux. Le crash boursier de Wall Street n’en finit pas de jeter les infortunés à la rue tandis que la corruption règne aux plus hauts sommets de l’administration municipale. C’est dans ce climat morose et délétère qu’une bombe détruit totalement un célèbre club de jazz.

L’histoire démarre en trombe. D’emblée les métaphores tombent drues, à la façon des cadavres à une méchante Saint-Valentin. Avec un récit mené à deux voix, celle off du narrateur étant relayée par celle d’un des protagonistes du drame,  Bob Garcia réussit à nous transposer à cette époque où les - trop nombreux - chômeurs, transformés en marchands de pomme à 5 cents la pièce, étaient alignés en rang d’oignons dans les rues de la mégalopole. Des descriptions bien rendues (le bureau de Ness) et un bon sens de l’observation contribuent à rendre l’action efficace et vivante.

 
Tout le monde devient suspect

Et puis… tout bascule. Le procès de Capone pour fraude fiscale tourne au guignol. La bizarre série de meurtres entamée avec l’attentat de la boîte de nuit ne s’interrompt pas. Condamné à onze années de prison, Scarface poursuit-il ses coupables activités ? L’auteur s’ingénie à multiplier les chausse-trappes devant nous. Personne n’est épargné, tout le monde devient suspect et semble perdre la raison…

Un polar dynamique et enlevé où Bob Garcia s’est amusé à parsemer de clins d’œil à l’univers de la bande dessinée pour lequel il a un faible. On notera ainsi la présence d’Hergé comme reporter (la profession de Tintin) et plusieurs personnages du roman portent des noms empruntés à l’univers du petit journaliste belge. Mais aussi un roman qui, au fur et à mesure de la lecture, dérape du policier vers le fantastique et l’horreur. La pirouette des avant-dernières pages, ressemble à une faiblesse stylistique. Pourtant, cette véritable fausse-sortie n’est qu’une nouvelle fausse-trappe. L’emploi de ce cliché – largement éculé –  trouve sa justification dans l’ultime volte-face qui débouche sur une véritable descente aux enfers.

Par François Membre
le 31/01/2010




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