Gerald Candless, soixante et onze ans, est un romancier à succès. Il a une femme, Ursula, et deux filles, Sarah et Hope. Les deux jeunes femmes adorent leur père.
Je me méfie de Ruth Rendell, car j'ai été assez déçue par certains de ses livres. Mais «Jeux de mains« est un bon roman, à mon avis. L'enquête est intéressante. Elle sort un peu des sentiers battus, car elle n'est pas faite par un policier ou un détective, mais par une personne de la famille du mort. Et elle n'est pas faite parce qu'il y a eu meurtre, mais elle commence parce qu'en posant une question banale, Sarah se rend compte que son père ne s'appelait pas comme il le prétendait. Cela fait son originalité. Ensuite, au fil de l'histoire, on découvre les personnages. Leur passé, leur psychologie nous sont peu à peu dévoilés, et tout n'est pas si simple.
C'est le personnage d'Ursula que le lecteur plaindra le plus. Ursula n'a été qu'un pion. Elle a été manipulée, utilisée sans vergogne. Et lorsqu'on sait pourquoi Gerald a fait tout ce qu'il a fait, on ne l'excuse pas. Sa vie était brisée à cause de la société, et surtout de quelque chose qui se produit lors de ses vingt-cinq ans, mais ce n'est pas une raison pour détruire celle d'une femme qui ne lui a rien fait, qui ne demandait qu'à aimer et à être aimée, à vivre pleinement.
Gerald est détestable. Bien sûr, c'est une victime. Mais il aurait pu faire d'autres choix. Car il ne se contente pas d'utiliser Ursula: il détourne insidieusement et sournoisement Sarah et Hope d'elle.
Sarah et Hope m'ont agacée à cause de cet amour absolu qu'elles vouent à leur père. Elles n'essaient pas de comprendre ce que vit leur mère. Je conçois que des enfants aillent vers celui qui se dévoue pour eux, qui leur montrent son amour, mais en grandissant, Sarah et Hope auraient dû voir ce qui se passait. Sarah le voit un peu, mais après la mort de Gerald. Elle continue d'adorer son père, et de refuser qu'on dise quoi que ce soit de négatif à son sujet, même lorsque cela fait partie d'un jeu dont elle a elle-même instauré les règles. Sa réaction à ce propos est d'ailleurs très bête. Malgré cette adoration, elle sent bien que sa mère a été flouée. Elle revoit certains gestes, elle ne bronche pas lorsqu'Ursula avoue qu'elle n'a pas été heureuse à cause de Gerald. Hope, elle, est exaspérante! Si on l'écoutait, on érigerait un monument à la gloire de Gerald. Du reste, elle est injuste envers sa mère.
L'intrigue s'enlise par moments. Je ne savais pas que la société, appuyée par la médecine, était si intolérante envers les homosexuels dans les années 50. Remarque, je suis encore outrée de l'intolérance manifestée de nos jours... A la fin, seul le lecteur sait tout. Il rassemble les diverses pièces fournies par l'enquête de Sarah, les flash-backs d'Ursula, et le dernier manuscrit de Gerald. J'ai trouvé la fin assez brutale. J'aurais aimé que les choses soient réglées... ou du moins plus avancées que ce qu'elles ne sont. Accessoirement, je n'ai pas trouvé la solution du jeu des ciseaux avant que Ruth Rendell ne nous la donne.